Un tigre menaçant - Vie de maman - enfants - Peur de maman - terrorisme - entraînements attentats
Blablas au thé

Un jour d’école ordinaire ?

L’autre jour, ma fille est rentrée de l’école en me disant qu’elle stressait pour le lendemain.

Whaaaat, elle est en CE2 et elle stresse ?

C’est lorsque je lui ai demandé la raison pour laquelle elle se mettait dans un état pareil et qu’elle m’a répondu que j’ai stressé à mon tour. Et que je suis devenue blême. Que j’ai affiché une tête un peu débile, aussi.

« Demain, on a l’entraînement pour si y’a des méchants qui rentrent dans l’école ».

Ouch, vilain coup de poing dans le cœur.

J’ai pris mon ton le plus détaché pour lui poser la question qui me brûlait les lèvres :

« Des méchants ? Quel genre de méchants ? Elle vous a dit quoi, la maîtresse ? ».

« Oh ben, si y’a un tigre qui s’échappe d’un cirque, par exemple. Ou un ours d’un zoo.»

Ouf.

Mon cœur s’est relevé, un peu sonné, mais rien de cassé.

« Et pourquoi tu stresses ? C’est pour de faux hein, tu sais ? ».

« Oui, mais la maîtresse, elle a dit qu’on devait courir très vite, sans faire de bruit, et que si quelqu’un tombe, on ne s’arrête pas, on ne l’aide pas, on continue de courir. Ça me fait peur, c’est pas gentil ».

Re-ouch.

Re-re-ouch.

C’est pas gentil, non.

J’ai essayé de détourner son attention, je lui ai dit que c’était parce qu’il fallait aller le plus vite possible, que c’était comme une course, que c’était la maîtresse qui aiderait l’enfant à se relever. Je lui ai dit qu’elle allait faire ça avec ses copines et que ça serait rigolo, qu’elles allaient bien s’amuser, toutes ensembles.

Et puis, surtout, je lui ai répété que c’était pour de faux. Que ça n’arriverait jamais, un tigre échappé d’un cirque, penses-tu ! Que ça ne pouvait pas arriver, jamais, jamais, jamais. Jamais.

Je crois que je l’ai répété plusieurs fois, ça, que c’était impossible. Impensable. Inconcevable. Je ne suis pas encore sûre de savoir qui je cherchais à convaincre…

Elle a acquiescé, elle a souri. Puis elle m’a demandé si elle pouvait regarder un dessin-animé.

Alors j’ai accepté. Et je l’ai observée rire et se marrer devant la télé, heureuse et insouciante. Inconsciente.

Je crois qu’elle m’a crue quand je lui ai dit que tout ça n’était qu’un jeu.

Comme j’aimerais qu’elle le croie encore longtemps. Comme j’aimerais qu’elle n’ait jamais à savoir que les tigres se cachent parmi nous, qu’ils sont là, qu’ils rodent. Qu’ils sont si présents aujourd’hui que les petites filles et les petits garçons sont obligés de s’entraîner à s’échapper en catimini de leur école et d’apprendre que, si quelqu’un tombe, tu penses à toi d’abord, tu cours et tu ne te retournes surtout pas.

Crédit : photo de Keyur Nandaniya

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *