Filmer ses enfants avant qu'il ne soit trop tard - Nostalgie - Vie de maman
Blablas au thé

Je ne les filme plus.

Le constat est net et sans appel : je ne prends plus le temps de filmer mes enfants.

Non pas que je n’ai pas envie ou que je manque de choses, de moments, d’événements ou même de non-évènements pour ça. Je n’y pense pas, c’est tout.

Ou plutôt : je n’y pense plus.

Je ne compte plus les vidéos, de quelques secondes ou de quelques minutes, de mes enfants lorsqu’ils étaient bébés. Ma fille, alors qu’elle n’était âgée que de quelques semaines ou de quelques mois, a été filmée sous toutes les coutures, des plus adorables (son magnifique sourire des anges, ses minuscules gazouillis de bébé, ses premiers éclats de rire) aux moins avantageuses (je possède une splendide vidéo sur laquelle, écarlate et narines dilatées, elle se soulage dans sa couche, oui, oui).
Mon fils a été filmé aussi. Mais déjà un peu moins. Déjà, l’habitude, la routine commençaient leurs ravages. Je n’y pensais pas forcément.

Alors j’ai décidé d’y remédier. J’ai décidé de filmer toutes ces petites choses et même ces petits riens. Des choses sans importance comme lorsqu’elle se balance, ses longs cheveux dans les lèvres et le rire au vent, à moins que ce ne soit l’inverse. Quand il joue au ninja en battant l’air d’un samouraï imaginaire, un peu tordu sur les bords, la faute à ces branches qui ne poussent pas droit. Quand ils font des pièges pour les loups avec un tas de feuilles mortes et de bouts de bois et qu’ils sursautent alors au moindre bruissement de feuillages. Quand ils rient. Quand il fait le clown. Même quand ils pleurent avec des vraies larmes de colère ou des crises de rage et que j’en viens à souhaiter l’insouhaitable : « vivement qu’ils grandissent ! ». Quand ils se disputent pour des choses ridicules mais pleine d’importance pour eux. Quand ils dorment, si confiants, si détendus. Quand ils vivent. Quand ils sont.

Je veux graver ce petit ricanement qu’elle a parfois quand elle est excitée et rigole pour un rien. Je veux immortaliser cette mélodie qu’elle sifflote plus ou moins avec justesse lorsqu’elle « fait du créatif ». Je veux fixer ce chuquement (du verbe chuquer) qui s’échappe de sa bouche refermée autour de son pouce lorsqu’il s’endort. Et cette manière qu’il a de me dire « Maman, câlin… », avec des yeux coulants d’amour.

Je veux filmer tout ça, tous ces petits détails que ma mémoire risque de déformer, d’oublier. D’enfermer dans un tiroir bouclé à double tour.

Et même si je sais que j’aurai mal en les regardant des années plus tard, mal de constater qu’ils ont grandi, mal de savoir que c’est du passé, mal d’avoir oublié à quel point ils étaient si petits et si aimants, je sais que mon cœur se gonflera à nouveau de ces voix d’enfants, de ces rires, de ces regards, de ces jeux débiles. De tous ces petits riens qui sont en fait des beaucoups.

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