Chaussures femme - Grand moment de solitude - Grands moments de solitude
Blablas au rhum

Les Grands moments de solitude

Des moments de solitude, on en a tous vécus. Celui que je vais vous raconter appartient à la catégorie des GMS (Grands Moments de Solitude) de haut niveau, très haut niveau.

Ces chaussures, je me les rêvais, pourtant.

Élégantes, fines, à bouts pointus (oui, je sais, mais, que voulez-vous, personne n’est parfait : à l’époque, j’étais fan des bouts pointus), je les voulais tellement que j’étais prête à tout. Y compris à prendre une pointure au-dessus de la mienne puisque cette dernière n’était plus en stock. Ben oui, 36 ou 37 (ça, c’était juste pour caser le fait que j’avais de mignons petits petons), après tout, c’est presque pareil.

Je ne l’ai pas regretté.

Du moins, au début.

Ah, je faisais la fière avec mes jolies sandales, elles m’allongeaient tellement la jambe, affinaient mon pied, me donnaient une allure classe, mais simple à la fois. Dès que je les portais, j’enclenchais la démarche chaloupée, chevelure chatoyante au vent, et je me sentais belle et so sexy.
Évidemment, elles étaient un poil grandes, mais, si je relevais le bout de mes orteils en marchant, on n’y voyait que du feu. Et ce n’était pas vraiment désagréable.

Et puis, est arrivé ce fameux jour.

Je portais ma plus belle robe et, donc, mes fameuses godasses.
Comme chaque matin, je me suis dirigée vers ma station de métro pour me rendre sur mon lieu de travail.
Comme chaque matin, j’ai attendu sur le quai (en contemplant mes magnifiques parures de pieds, cela va de soi).
Et comme chaque matin, la rame a surgi de son boyau noir et s’est immobilisée devant moi ; la porte s’est ouverte, déversant son flot de passagers pressés.

C’est à ce moment-là que le drame est arrivé.

J’ai levé le pied droit pour monter dans le métro. Sauf que j’ai mal anticipé la hauteur du plancher de la rame et que mon pied, au lieu de se poser sur le sol, est venu taper contre le rebord de celui-ci.

Ce qui devait arriver arriva : mon mignon petit peton s’est avancé dans la chaussure pour venir cogner contre la pointe. Ce faisant, mon talon s’est déboîté et je me suis retrouvée avec la chaussure suspendue par le bout de mes orteils.

Pendant une fraction de seconde, j’ai cru que je pourrais la remettre en place. Pendant une fraction de seconde, j’ai vraiment espéré que cette histoire s’arrête là.

Mais non : vile, ma chaussure a abandonné mes orteils et est venue s’échouer sous la rame, pile sur la voie.

Horrifiée, j’ai levé les yeux vers le passager assis juste en face de l’ouverture : il me dévisageait d’un air tout aussi stupéfié, de la compassion en plus. Tout juste a-t-il eu le temps de me dire : « Surtout ne descendez pas pour la récupérer ! » que la porte se refermait devant mon nez.

Le métro a démarré me laissant sur le quai, le pied nu et en l’air, en équilibre plus que précaire. Étrangement, la chanson « Ces grands moments de solitude » de Tété tournait en boucle dans ma tête.

Que faire ?

Descendre au milieu des rails électrifiés au péril de ma vie ? Consentir à poser mon peton sur le sol encrassé et porteur de millions de mycoses pour me rendre à l’accueil de la station ?

J’optai pour la deuxième option. De toute façon, je tenais à ma dignité et ne pouvais décemment pas continuer à mimer le flamant rose plus longtemps.

Néanmoins, je décidai de n’offrir au bataillon de microbes qui attendaient, voraces, de se jeter sur ma peau immaculée, que la surface la plus réduite possible : j’entrepris donc de remonter les quais en ne posant que la pointe de mon pied nu.

Au bord de la nausée à chaque fois que je sentais l’extrémité de mes orteils entrer en contact avec le sol poisseux, je gagnai l’accueil au rythme de ma démarche de canard.

Évidemment, en chemin, je n’ai pas manqué de croiser une maman au col parfait et à la barrette sur le côté qui, épouvantée, s’est empressée d’attraper ses deux gamins blonds par la main lorsque son regard consterné s’est posé sur moi et mon look quelque peu atypique.

Je vous passe le détail des explications gênées au gars de service qui a fait figure de héros à mes yeux : sans même un sourire sarcastique, il m’a raccompagnée sur le quai et, tel Keanu Reeves (dans Speed), s’est jeté sur la voie, atterrissant souplement entre deux rails. Il a saisi ma chaussure, est remonté sur le quai et a même eu l’élégance de me l’enfiler (la chaussure).

« Et voilà, Cendrillon ! ».

Il a ri, j’ai ri (jaune et rougissante) et nous nous sommes quittés.

J’ai pu monter dans la rame suivante sans anicroche.

Arrivée à mon bureau avec vingt minutes de retard, j’ai aussitôt gagné les toilettes et, au prix de contorsions plus ou moins douloureuses, j’ai placé mon pied dans le lavabo et fait couler avec délectation un flot d’eau. J’ai savonné, frictionné, rincé, re-savonné, re-frictionné, re-rincé.

J’espérais, naïve que je suis, que personne ne me surprendrait dans cette position un peu… délicate. Vains furent mes espoirs : ce ne fut point personne qui pénétra dans les toilettes, ce fut ma chef de service. Évidemment. Qui, en m’apercevant, s’arrêta net, interdite, sur le seuil.

« Je gère juste un petit incident », ai-je dit (avec, dans ma tête, Tété qui s’en donnait à cœur joie : « Ces grands moments de solitude, ne sont ma foi qu’une question d’habitude »).

Elle a hoché la tête avant de me sourire. Un sourire un peu inquiet. Limite soupçonneux. Et puis a fait demi-tour sans mot dire.

Pendant quelque temps, j’ai trouvé qu’elle m’observait bizarrement.

Pendant quelque temps, j’ai cessé de porter mes petites sandalettes.

Puis, n’y tenant plus, j’ai décidé d’investir dans des semelles.

Emma (qui n’a finalement pas chopé de mycose, même pas une petite verrue).

 

Cet article vous a fait rire ? Venez donc lire un autre de mes grands moments de solitude ici.

 

Un commentaire

  • Le monstrothécaire

    X) Il t’en arrive vraiment des choses… C’est fou ça. En tout cas, t’as l’air d’avoir les pieds vachement sensibles. Moi, ça ne me dérange pas de crapahuter partout pieds nus. (Je dois avoir des gênes hobbit qui se perdent dans mon adn)

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