Saleté de pigeons - Fiente dans les cheveux - Anecdote drôle
Blablas au rhum

C’est beau, la nature.

Je m’étais dit que j’allais profiter de cet après-midi de congé pour prendre soin de moi.

Une demi-journée toute seule, ça faisait une éternité que ça ne m’était pas arrivée (au moins aussi longtemps que la dernière fois où j’ai pu prendre un bain tranquillou sans qu’un p’tit bout pétri de bonnes intentions ne viennent me tenir compagnie avec ses dinosaures ou ses Petshops pour ne pas que je m’ennuie).

Bref, vous l’aurez compris, j’avais prévu d’optimiser ces quelques heures. Et de faire quelque chose de vraiment bon pour moi. Et utile.

PRODUCTIVITÉ allait être le maître mot de cet après-midi.

J’ai donc eu la riche idée de refaire la couleur de ma crinière. Il fallait au moins ça pour faire la peau à tous ces sales traîtres de cheveux blancs.

Je me suis donc attelée à la tâche.

Je me suis vêtue d’une tenue adéquate pour l’occasion (un t-shirt difforme avec écrit « Ricard » juste sur la poitrine gauche… so sexy). J’ai enfilé les gants jetables fournis dans la boîte, mélangé la crème décolorante avec la crème activante et j’étais enfin parée : sus aux cheveux blancs !

J’ai, ensuite, suivi les recommandations du mode d’emploi : appliquer le mélange raie par raie. Vous avez bien lu : raie par raie. Ça tombait bien, je n’avais rien d’autre à faire les quatre prochaines heures.

Je me suis donc appliquée à mon travail de titan. Ce fut long et, contrairement au dicton nationalement connu, ce ne fut pas bon. Ce fut même terrible.

À la fin, maculée d’éclaboussures noirâtres et dégoulinantes, ma salle de bain ressemblait à une scène de crime digne de figurer dans un épisode de Dexter.

Pour mon visage, ce n’était guère plus glorieux : malgré un frottage assidu au savon, des auréoles brunâtres sur mes tempes, mon front et mes joues me donnaient une allure de gentil dalmatien.

Il m’avait bien fallu une heure pour aboutir à ce carnage.

Mais je n’étais pas au bout de mes peines.

J’ai dû, ensuite, attendre une demi-heure dans cette tenue. Je m’étais dit que je pourrais mettre ce temps d’attente à profit, mais quand j’ai réalisé que l’on pouvait me suivre à la trace dans toute la maison, j’ai vite renoncé. J’ai donc patienté dans mon magnifique t-shirt Ricard et ma coiffe rigide à la Trolls, en essayant de ne pas bouger.

Les trente minutes écoulées, il a ensuite fallu que je rince jusqu’à ce que l’eau soit claire. Sauf qu’elle ne devient jamais claire, l’eau. Alors, j’ai rincé, rincé, rincé…

Quand j’en ai eu marre de me casser le dos sur ma baignoire (oui, l’état de mon dos concorde à celui de mes cheveux : il est vieux), j’ai coupé l’eau et suis passée au masque de soin. Pour lequel trente minutes de pose sont préconisées. Trente minutes de plus !

Puis un autre rinçage (l’eau n’était toujours pas claire).

Puis, ce fut ensuite le moment de sécher ma tignasse.

Je ne sais pas faire de brushing. Je me sèche donc les cheveux, tête en bas. Quand je me suis regardée dans le miroir, j’ai cru, un instant, que Robert Smith me faisait face (couleur compris).

Il me fallait donc discipliner toute cette masse au fer à lisser. Mais avant ça, j’ai évidemment protégé mes cheveux avec une huile de soin spéciale. Et après ça, c’était au tour de l’inévitable spray coiffant pour une meilleure tenue.

Bref, si vous faites le compte avec moi, mon après-midi n’y a pas survécu. La bonne nouvelle, c’est que mes cheveux blancs, non plus.

Après quoi, il était déjà l’heure d’aller chercher les loulous à l’école. Je me suis consolée en me disant que j’allais au moins pouvoir pavaner devant toutes les mamans d’école à la chevelure fadasse.

C’était sans compter sur le caillou dans la chaussure, le grain de sable dans l’engrenage, le morceau de salade entre les dents, bref, vous l’aurez compris, le truc imprévu qui fait tout foirer.

Mon morceau de salade à moi était une fiente. Oh, pas une petite fiente, évidemment. Non, une bonne grosse bouse de pigeons, vous savez, ces volatiles dont la seule raison de vivre semble être de marquer leur territoire à coup de déjections hémorragiques.

Bilan : un après-midi de congé fichu pour rien, un degré de zénitude proche du – 20 et un magnifique moment de solitude devant le portail de l’école.

C’est beau, la nature.

Emma (qui réfléchit sérieusement à investir dans une perruque).

Photo by Viktor Forgacs on Unsplash

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